vendredi, 08 décembre 2017 13:05

L’enjeu de la philosophie à l’hôpital : inventer une fonction soignante en partage

Conférence, Mardi 19 décembre 2017, 18h30, à l'amphithéâtre central de la faculté de médecine de Grenoble

Au cours de cette conférence publique, le Pr Cynthia Fleury présentera la Chaire de philosophie à l’hôpital (Paris) et le travail qui y est développé depuis janvier 2016 pour créer un lieu de partage de connaissances et de reconnaissances où la dimension subjective, institutionnelle et politique du soin peut être pensée, par toutes les parties prenantes de celui-ci : les patients, le corps soignant, les familles et les citoyens. Elle approfondira ensuite quatre axes du travail mené par la chaire de philosophie à l’hôpital :

« Le soin n’appartient pas à une caste de soignants » : qui distribueraient leurs soins comme d’autres les bonnes paroles auxdits soignés incapables d’être actifs dans le processus du soin. Le soin est une fonction en partage, relevant de l’alliance dialectique, créative, des soignants et des soignés qui, ensemble, font éclore une dynamique singulière, notamment tissée grâce à la spécificité des sujets qu’ils sont.

« Soins et sujets sont indissociables » : s’ils sont contraints à la dissociation, ils mettent en péril et le soin et les sujets. Si toute une partie des médecins, des patients et des familles, en ont l’intuition, voire pratiquent et font évoluer ce savoir-faire et ce savoir-être du soin, il n’en demeure pas moins que la relative faible présence des Humanités dans la formation initiale et continue des médecins, comme l’émergence encore timide de l’éducation thérapeutique, ne facilitent pas cet enseignement. Or cela est constitutif de la performance du soin, au même titre que la présence des technologies les plus modernes, et constitue même l’appropriation possible de ces dernières.

« Les Humanités, et la philosophie, défendent une approche du soin plus holistique » : dans laquelle la vulnérabilité du patient est prise en compte sans jamais la renforcer, ni la considérer comme synonyme d’incapacité. La vulnérabilité, d’ailleurs, est une vérité de la condition humaine, partagée par tous, et pas uniquement par ceux qui font l’expérience plus spécifique de la maladie. Certes, la vulnérabilité fragilise le sujet, mais chacun doit se rappeler qu’elle peut être aussi l’occasion d’une sublimation possible, qu’elle l’est d’ailleurs souvent, tant l’individu reconquiert son individuation à l’aune des épreuves existentielles qu’il traverse.

« Soigner l’hôpital » : Les cas d’épuisement professionnel chez les soignants, notamment en secteur hospitalier, ou encore chez les étudiants – qu’ils soient élèves infirmiers ou futurs médecins –, ou encore le nombre encore trop important des dénonciations des patients concernant les pratiques soignantes trop “chosifiantes » doit nous interroger sur la fonction soignante en partage et nous inviter à étudier l’organisation institutionnelle et vérifier qu’elle est compatible avec une éthique du soin.